Lettre à messieurs Barrette et Couillard

27 septembre 2018

Lettre de Martine Pelletier membre d’Ex Aequo

Montréal, le  17 septembre 2018

Lettre à messieurs Barrette et Couillard

Chers Messieurs,

Je vous écris pour vous faire part de ma colère face à vos politiques en matière de santé et de services sociaux.

Depuis 2014, votre gouvernement, sous prétexte de «rigueur budgétaire», se livre à un saccage systématique des programmes sociaux mis en place depuis les années 1970. Pourtant, plusieurs économistes l’ont affirmé : il n’était pas nécessaire d’effectuer des coupes aussi draconiennes pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Monsieur Barrette, votre réforme du système de santé est un échec total. Votre plus grande erreur a été de penser qu’en allégeant ses structures et en centralisant les décisions, cela rendrait les soins et services plus accessibles à la population. C’est le contraire qui s’est produit. Aujourd’hui, le réseau est totalement désorganisé. Ses cadres et ses travailleurs sont physiquement et psychologiquement épuisés. Les québécois et les québécoises n’ont pas un meilleur accès aux soins et services. Dans certaines régions, les personnes doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour être soignées. Des pays, comme la Grande-Bretagne, ont pourtant abandonné ce modèle de gestion parce qu’il est inefficace. Je ne comprends pas pourquoi vous persistez tant à l’imposer.

Malgré le fait que vous affirmiez le contraire, beaucoup de personnes âgées et  de personnes handicapées ont subi des coupures dans le programme de soutien à domicile. Des heures leur ont été retirées, comme si leurs capacités s’étaient magiquement améliorées au fil du temps, si bien que les préposés sont à bout de souffle parce qu’ils n’ont pas assez de temps pour faire leur travail et les personnes handicapées sont à juste titre frustrées parce qu’insatisfaites des services reçus. Plusieurs d’entre elles se sont fait dire d’acheter des aliments préparés et congelés pour que les préposés puissent gagner du temps. Quelle contradiction! D’un côté vous incitez les québécois à manger mieux pour être en meilleure santé et du fait même alléger les coûts du système. De l’autre, vous dites aux personnes handicapées d’acheter des aliments transformés et néfastes pour leur santé afin de sauver temps et argent. Est-ce à dire que vous nous considérez comme des citoyens de seconde classe? Vous avez sûrement entendu parler du cas médiatisé d’une femme qui a choisi de dormir dans son fauteuil roulant plutôt que de voir les heures consacrées à la préparation de ses repas coupées ?

Plusieurs personnes ayant des problèmes de santé mentale sont hébergées dans des ressources intermédiaires tout simplement parce que, selon la réforme de monsieur Barrette, lorsqu’elles atteignent l’âge de 65 ans, elles souffrent alors de problèmes cognitifs. Elles peuvent donc être admises dans différents types d’établissements, dont les ressources intermédiaires  Elles se retrouvent alors dans des milieux de vie inappropriés, privées d’encadrement, des services et des soins dont elles auraient véritablement besoin. Cette nouvelle politique augmente la charge de travail des préposés qui ne sont pas nécessairement formés pour intervenir auprès de ces personnes et affecte la qualité de vie des autres résidents de ces ressources.

Pour que votre réforme du système de santé soit un succès, il aurait fallu réorganiser les services de proximité. Pourquoi ne pas avoir utilisé les CLSC au lieu de créer des groupes de médecine familiale? Les bâtiments et le personnel y sont déjà.  Il ne restait qu’à y mettre des médecins. Cela aurait permis aux gens d’avoir aussi accès à d’autres professionnels de la santé : psychologues, travailleurs sociaux et autres. Cela aurait été une bonne chose, puisque les problèmes de santé mentale ont souvent des répercussions sur ceux de santé physique et inversement.

Vos politiques, surtout en matière d’éducation et de santé, incitent plutôt les citoyens à se tourner vers le privé en raison des listes d’attente trop longues. Que vaudront les 200$ de baisses d’impôt que vous promettez aux familles lorsque les parents devront faire appel au privé pour contourner les listes d’attente, par exemple, pour obtenir une évaluation par un spécialiste afin de déterminer si leur enfant a des besoins particuliers? Des citoyens préféreraient ne pas bénéficier de ces baisses d’impôts et que ces sommes soient consacrées à améliorer les systèmes de santé et d’éducation, de même qu’à aider les personnes les plus vulnérables.

Monsieur Couillard, vous multipliez les annonces d’investissements en infrastructures. Vous être prêt à y consacrer des milliards de dollars. Vous avez même promis un coûteux réseau de transport collectif à votre ami Régis sans savoir s’il diminuera l’achalandage automobile. Oui, il faut réparer les infrastructures vieillissantes et en construire de nouvelles, mais ce que les québécois veulent surtout, c’est un meilleur accès aux soins de santé et de meilleurs services d’éducation notamment pour les élèves handicapés ou ayant des difficultés d’apprentissage.

Messieurs, vos coupures budgétaires et vos réformes ont causé beaucoup de torts non seulement aux travailleurs des réseaux de la santé et de l’éducation, mais à la population en général. Vos choix politiques sont responsables de la détresse psychologique de plusieurs de vos citoyens et citoyennes.

Que ferez-vous si vous êtes réélus? Allez-vous continuer votre saccage des programmes sociaux? Allez-vous y réinvestir de l’argent neuf ou tout simplement y remettre les sommes qui ont été coupées? Continuerez-vous d’inciter sournoisement les québécois à se tourner vers le privé sous prétexte que celui-ci fait mieux? Si vous êtes réélus, continuerez-vous votre saccage? Si oui, ce sont encore les personnes les plus vulnérables qui en feront les frais.